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Petits poèmes pour passer le temps
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Rencontre avec Carl Norac

A une époque où la poésie semble être le parent pauvre de l'édition, ce recueil de Carl Norac sur le temps démontre la vitalité du genre, particulièrement pour la jeunesse. Il obtient cette année le grand prix jeunesse de la Société des Gens De Lettres.

Pourquoi avoir choisi d'intituler votre recueil ''Petits Poèmes pour passer le temps'' ?

Je tenais à faire preuve d'audace, voire de provocation, en utilisant le mot ''poème'', et non comptines, en ces temps où la poésie fait fuir les lecteurs, paraît-il ! De plus, la comptine ne représente qu'une infime partie du genre poétique. Ici, j'ai souhaité jouer sur toutes les formes poétiques, de la comptine à la fable, de la pastorale au poème lyrique... avec toujours la volonté de le faire de manière décalée, comme un clin d'oeil.

Vos poèmes jouent en grande partie sur le ''non sens'' à l'anglaise...

Et pourtant je suis belge ! Mais nous tombons tous dans une marmite de potion magique dès notre enfance, très proche de l'esprit anglais du ''non sens''. J'admire particulièrement cette façon dont les Anglais, en jouant sur l'absurde, traitent de vrais thèmes philosophiques, de la vie et des valeurs éthiques. C'est donc volontairement que j'ai choisi de me démarquer de la comptine à la française. Et ce n'est pas un hasard si l'illustration de la couverture montre une Alice prenant le thé avec un lapin qui lui lit un livre, ou que le premier poème soit un hommage explicite à Edward Lear - le grand poète anglais pour la jeunesse au XIXe siècle, qui fut, justement, l'inspirateur de Lewis Carroll.

D'ailleurs votre illustratrice, Kitty Crowther est à moitié anglaise...

Oui, et c'est pour cela qu'au-delà de notre vraie complicité, elle était la personne idéale pour ce projet, bercée comme elle le fût par son père anglais dans cet univers.

En prenant pour thème le temps sous toutes ses formes, vous faites de la poésie un mode d'initiation à une culture universelle pour les enfants ?

La poésie est universelle ! Et elle se prête singulièrement à l'initiation au temps, ou plus exactement ''aux temps'' : le temps extérieur - du siècle à l'instant, de l'heure aux saisons, aux jours de la semaine - comme au temps intérieur, si différent du premier. Chacun de ces poèmes permet de passer d'un univers à l'autre, de ressentir l'absence de linéarité de la vie, le fait que nous vivons simultanément et successivement plusieurs temporalités. Cette appréhension du temps me paraît être une ouverture essentielle à la vie et ses métamorphoses...

Ces poèmes doivent-ils se lire intérieurement, se dire, voire être déclamés ?

Le poème sera toujours pour moi une chanson qui possède sa musique intérieure, et je suis partisan de la lecture orale des poèmes. Je le vois quand - dans les classes que je visite - je joue sur l'accélération de la diction, et que les enfants saisissent les allitérations. J'ai appris récemment, lors d'un voyage au Sénégal, que là-bas ''poème'' et ''chant'' étaient un seul et même mot. C'est pourquoi, dans ce recueil, je donne des ''indications'' d'interprétations, un peu comme le faisait Satie, que j'ai évoqué dans ''Monsieur Satie, l'homme qui avait un petit piano dans la tête''.

Ce recueil de poésie peut-il aussi séduire les adultes ?

Ce serait bien sûr le rêve. Certains livres ont la faculté de transcender les âges : l'enfant y trouve une petite musique des mots qui lui permet de mémoriser l'histoire, et l'adulte, une résonance affective, l'écho d'un sentiment ou d'une impression déjà vécue qui ressurgit. Henri Michaux, belge et grand maître de la poésie du dérisoire, ou Prévert sont lus par les enfants et les adultes. On peut écrire des livres lisibles par les enfants et les adultes, et la poésie est un genre qui s'y prête particulièrement !